La première fois que j'ai entendu parler de scones, c'était en 97 ou 98. Je travaillais dans un salon de thé qui était en fait une ancienne librairie féministe, dans laquelle on pouvait à l'occasion boire un thé en dégustant ces fameux scones. Des scones au chocolat...
Depuis, dans mon esprit, le terme scones est définitivement associé au MLF vieillissant. Dés que je pense "scones", je pense à ces caricatures grisonnnantes du mouvement qui défilait dans le salon de thé en réclamant à cor et à cris l'ancienne propriétaire, ses scones, et un lieu pour militer...
Je pense aussi à ce regard rempli de dédain que posaient certaines en s'adressant à ma copine-serveuse ou à moi...On aurait dit qu'on représentait tout ce qu'elles détestaient: des petites jeunes filles sans ambition, sans idéal, contentes de leur petit boulot de bas étage, ravies de ne pas sortir leur CB quand elles se font inviter au resto et surtout à peine consciente que la vie merveilleuse que nous menions, c'était grace au MLF que nous pouvions y gouter...
Bien sûr, je n'ai rien contre le MLF, même si je ne suis pas féministe pour deux sous, mais les points de vues extrêmes m'agacent tout autant que mes scones ratés. Ces feministes là estimaient que nous DEVIONS profiter de la voie qu'elles nous ont ouverte. Nous devions avoir un vrai travail valorisant, une vraie autonomie financière, un véritable détachement vis à vis des hommes.
Ma copine et moi rigolions beaucoup à leur sujet. Parce qu'elle et moi, nous ne voulions pas de ce shéma là...Nous on voulait des maris, des enfants, un petit boulot à mi temps et être la femme au foyer la plus parfaite qu'il soit... Bref, nous, on remerciait le MLF de nous avoir permis de choisir...Et nous avons choisi de vivre comme nos grand-mères.
S disait: "Depuis que je suis gamine, ma mère, ma famille, mon école, tout le monde me dit de faire des études longues, d'avoir un bon travail, de gagner un gros salaire, d'avoir des enfants le plus tard possible, de ne pas me marier...On me pousse à être toujours la plus forte, la meilleure, la plus combattive, la plus performante. Je n'ai pas le droit à l'erreur, je n'ai pas le doit au repos, je n'ai pas le droit de choisir autre chose que ce que la société veut de moi: travailler, travailler, travailler..."
De mon côté, j'ai eu droit au même discours. Accompagné des sempiternels "Ah tu te rends pas compte de la chance que vous avez, vous, de pouvoir faire des études et travailler à l'extérieur"...
C'est drole, on ne nous parlait jamais de la réalité du monde du travail....Non, il fallait pouvoir consommer le plus possible, acheter, acheter, acheter! A tout prix! Travailler pour posséder plus que la voisine...
Nous, on avait choisi notre devise et quand on nous parlait MLF à cette époque, on répondait immédiatement en faisant les gros yeux: "Ah non non non, nous on est pas féministes, c'était nos mères qui l'étaient, pas nous! Nous on ne rêve que de se faire inviter au resto par des hommes"
Dix ans plus tard, je remercie toujours les féministes de nous avoir donné le choix, mais je préfère toujours vivre comme ma grand-mère et passer mes journées à la cuisine. A tester des recettes de scones par exemple...Que je rate encore et toujours...
Un détail de la réalisation de la pâte doit m'echapper parce que mes scones sont bons, mais pas à tomber par terre comme on le lit un peu partout sur le web. Ni comme les décrivaient mes féministes ésseulées...
La dernière recette testée est ici.
Chez moi, ça donne ça. Je peux les empiler tant que je veux pour faire joli, ils ne ressemblent à rien et ils ne sont pas moelleux dedans...
Peut être que je les rate parce que lorsque je les fais, je pense à cette catégorie de féministes caricaturales qui estiment que ma place n'est pas à la cuisine et ça envoie des ondes négatives! Ma grand-mère disaIt que lorsqu'on est enceintE ou qu'on a ses règles, on ne peut pas faire la mayonnaise....Y'a sûrement un lien!
Ou alors, je suis trop difficile...J'ai remarqué qu'à chaque fois que je vais au resto, je trouve que c'est pas bon ou au mieux "ouais, ça va..."
La prochaine fois, je teste la recette de Camille, en espérant que mes enfants ne me les jettent pas à la figure comme ils failli le faire la dernière fois...

